Le bâtiment qui va sur père et sur mère : un merci aux interprètes et à leurs familles !

Par Vivian Labrie, en collaboration avec Robert Bouthillier

Date de publication: 18 août 2024

Une petite animation vidéo comme carte de remerciement à partir de photos prises en juin 2023. Elle rappelle toutes les routes à parcourir sur terre, proche de la mer, pour rencontrer les interprètes et leurs familles lors de deux séjours dans la péninsule acadienne, à l’automne 2022 et au printemps 2023, pour obtenir la permission de mettre en ligne les répertoires recueillis dans les années 1970. Au volant, Gabrielle Bouthillier, la fille des deux collecteurs, qui a été présente et bien aidante lors de ces deux séjours.

Lors de nos années de collecte, Robert Bouthillier et moi avons recueilli quelques versions d’un conte de la tradition orale qui met en scène des gens exceptionnels qui s’embarquent dans un «bâtiment qui va sur terre et sur mer» (ATU 513).

À l’automne 2022, Robert et notre fille Gabrielle sont venus dans la région de Tracadie dans la péninsule acadienne pour obtenir des interprètes ou de leurs familles la permission de mettre en ligne les répertoires que nous avions recueillis dans les années 1970.

Passage de Robert, le 20 septembre 2022 chez Huguette Basque, de Pont-Landry, Nouveau-Brunswick, fille de Lydia Morais et belle-fille de Sandy Jones. Photo Gabrielle Bouthillier.

Écoute d’extraits d’enregistrements lors du passage de Vivian chez Samuel (Sammy) Benoit, fils de Jean-Baptiste Benoit, le 29 mai 2023 à Val-Comeau, Nouveau-Brunswick, pour signer l’autorisation de mettre en ligne le répertoire de son père. La sœur de Sammy, Aurore, et la fille d’Aurore, Noëlla Comeau, sont présentes et tout aussi attentives que lui. Photo : Gabrielle Bouthillier.

Au printemps 2023, ça a été à mon tour de revenir avec Gabrielle dans la région pour continuer cette mission qui était essentielle pour pouvoir mettre en ligne les chansons, contes et autres enregistrements que nous avions recueillis à l’époque.

Comme nous connaissions bien le conte du bâtiment qui va sur terre et sur mer, et que nous allions à la recherche des familles, souvent les enfants ou les petits-enfants des interprètes aujourd’hui décédés, nous avons baptisé la camionnette que nous avions empruntée «Le bâtiment qui va sur père et sur mère».

D’où le nom de cet article préparé pour remercier les interprètes et les membres de leurs familles rencontrés lors de ces deux séjours dans la région. Merci à vous pour l’accueil exceptionnel reçu lors de notre passage!

Le «Baptiste à Ben», bateau de pêche de Sammy Benoit, fils de Baptiste Benoit, fils de Ben Benoit, au quai de Val-Comeau, Nouveau-Brunswick, le 3 juin 2023. Photo : Vivian Labrie.

Une collaboration essentielle

Pourquoi revoir les interprètes et leurs familles quelques décennies plus tard? Bien sûr, il y avait le plaisir de la revoyure! Il y avait aussi une autre raison.

Dans les années 1970, quand nous avons collecté les répertoires qu’on retrouve aujourd’hui dans la collection Bouthillier-Labrie, il n’y avait pas de règles très précises pour recueillir les chansons, les contes et les autres éléments de tradition orale auprès des gens qui les connaissaient et acceptaient de les transmettre. L’idée était de préserver ces répertoires pour la postérité. La plupart du temps, l’accord des gens était recueilli oralement. Les collecteurs demandaient aux interprètes s’ils étaient d’accord pour que leur répertoire soit enregistré sur un magnétophone et déposé ensuite dans les archives de folklore de l’Université Laval, à Québec. Si oui, il y avait des séances d’enregistrement. C’était le début d’une belle histoire de liens entre les répertoires. Ça devenait une aventure à plusieurs.

Par la suite les façons de faire ont changé. La loi canadienne sur les droits d’auteurs a précisé de nouvelles règles (voir ici pour plus de détails). Dans le cas des traditions orales, qui relèvent du patrimoine commun, ou si on veut, du domaine public en tant que folklore ou savoir collectif, des droits ont été précisés pour les interprètes et pour les collecteurs. Bref, pour mettre en ligne des enregistrements réalisés après 1970, il faut aujourd’hui une forme de permission des interprètes qui n’existait pas sous forme écrite à l’époque puisque les accords étaient pris oralement.

C’est ce qui a fait que nous avons entrepris en 2022 et 2023 de reprendre le contact avec les interprètes ou leurs familles en cas de décès, ce qui était souvent le cas après quelques dizaines d’années, pour avoir la permission de diffuser les répertoires recueillis. Lors de ces visites, la presque totalité des personnes rencontrées ont accepté avec plaisir de contribuer à ce projet de retour à la communauté. Cette aventures a aussi été l’occasion de joyeuses rencontres.

Au moment d’écrire ces lignes, 3448 enregistrements ont été autorisés sur 4521, soit plus des trois-quarts, ce qui est une collaboration extraordinaire!

Et le conte?

Et maintenant, voulez-vous prendre connaissance des versions du conte du bateau qui va sur terre et sur mer que nous avons recueillies dans les années 1970? Il y en a six, que vous pourrez retrouver sur le site de la collection. Vous allez pouvoir entendre celles qui ont été autorisées. Et pouvoir lire les transcriptions de celles qui ont été transcrites.

En voici la liste (enregistrements accessibles en gras).

  1. RBVL-1127, [Grugeon], interprété par Éphrem Godin, Val-Comeau, N.-B., le 25 juillet 1976.
  2. RBVL-1839, Conte des trois géants, interprété par Régille Brideau,  Saint-Irénée, N.-B., le 27 septembre 1976.
  3. RBVL-2932, Le bâtiment qui va sur terre et sur mer, interprété par Dominique Basque, Saint-Irénée, N.-B., le 22 août 1977.
  4. RBVL-3531, Le bâtiment qui va sur terre et sur mer, interprété par Hilaire Benoit, Tracadie, N.-B., le 30 septembre 1977.
  5. RBVL-4359, La grand Margaude, interprété par Ernest Fradette, Saint-Raphaël de Bellechasse, Qc, le 29 novembre 1979.
  6. RBVL-4389, La grand Margaude, interprété par Ernest Fradette, Saint-Raphaël de Bellechasse, Qc, le 13 octobre 1980.

Dans le classement international des contes Aarne-Thompson-Üther (ATU), ce conte correspond au type 513, Le bateau qui va sur terre comme sur mer ou Les doués (The Extraordinary Companions).

Si vous voulez prendre connaissance de diverses animations réalisées avec la version d’Hilaire Benoit, voir ici.